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QUI ÉTAIT ÉTIENNE DOLET ?

Extraits du discours de Bourneville, député, à l’occasion de l’inauguration de la statue d’Étienne Dolet, le 18 mai 1889, lors d’une réunion organisée par la Libre-pensée du 5ème arrondissement.

« Né en 1509, Étienne Dolet est contemporain de Guillaume Budé, François Rabelais, Clément Marot, Nicolas Bérauld, amis qui l’ont constamment soutenu ; d’Erasme, avec qui il a entretenu des controverses animées ; de Luther et Calvin qui ont toujours combattu ses idées. 

En 1521, Étienne Dolet suit, à Paris, les cours de Nicolas Bérauld, helléniste et latiniste éminent, cicéronien enthousiaste, tolérant, libéral. Etienne Dolet suit également les cours de Guillaume Budé qui plaida auprès de François 1erla cause des « belles lettres » et de la philologie. Il fut à l’origine de la création du « Collège des trois langues » [à Louvain, sur le modèle duquel François Ier a fondé le Collège royal, aujourd’hui « Collège de France »], où étaient enseignées les langues de l'antiquité, le latin, le grec, l'hébreu, les deux dernières étant considérées par les docteurs de la Sorbonne comme « langues des hérésies ».

De 1526 à 1530, Étienne Dolet poursuit ses études sur Cicéron à Padoue puis à Venise où il rassemble la documentation pour son livre Les commentaires sur la langue latine. Il s’intéresse à la pensée, au style, aux talents oratoires de l’auteur.

 

En 1531, Étienne Dolet se rend à Toulouse pour suivre l’enseignement du Droit. Il y passe deux années, se créant de fidèles amitiés et des ennemis. En effet, l’ambiance à Toulouse était fort différente de celle de Padoue. L’Inquisition y régnait en maître. Rabelais en atteste dans Pantagruel ; « Il apprit fort bien à danser, à jouer de l’épée, mais n’y demeura guère quand il vit qu’ils faisaient brûler leurs régens tous vifs comme haransfrez ».

 

Le Parlement de Toulouse ayant décidé d’interdire l’association des étudiants « La Société des Français », Étienne Dolet prononça cette harangue :

« ….Notre crime est de nous unir, de vivre ensemble comme bons compagnons, de nous soutenir comme des frères. Dieux immortels dans quel pays sommes-nous pour que les pestes humaines de cette ville haïssent, persécutent et proscrivent la sainte pensée ? ».

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Dénoncé comme séditieux, ayant manqué de respect au Parlement, mis en prison, il est libéré sur l’intervention de l’évêque de Rieux.

 

Ne pouvant demeurer dans la ville, Étienne Dolet se rend, en 1535, à Lyon, chez un imprimeur allemand, Sébastien Gryphe et devient rapidement son collaborateur.

Lyon est un lieu   de passages, de   foires, de   commerces, de   banques.   Les imprimeurs y sont nombreux. Sébastien Gryphe publie les écrits d’Étienne Dolet Les harangues contre Toulouse, et son étude sur Cicéron.

La réputation de François 1er comme « Défenseur de la Langue française et des imprimeurs-éditeurs », loin d’être constante, fut fonction de l’actualité politique, de sa santé, de ses alliances : Ainsi en 1534, François 1er, en proie à un accès de piété, cède aux demandes des docteurs de la Sorbonne. Il « défend à toute personne, sous peine de mort, d’imprimer n’importe quel livre en France, faisant fermer les boutiques des libraires sous peine des mêmes châtiments ». Comme Robert Estienne (1503- 1559), Étienne Dolet est inquiété.

 

En cinq mois, de novembre 1534 à mai 1535, vingt-deux personnes sont brûlées pour hérésie, place Maubert.

Cependant, en 1536, une nouvelle guerre l’opposant à Charles Quint, François 1er cesse les persécutions religieuses pour s’assurer l’appui des protestants. Le roi se rend à Lyon et octroie à Étienne Dolet le privilège « d’imprimer pendant 10 ans tous les livres par lui composés et traduits et autres œuvres des auteurs modernes et antiques ».

 

Dolet publie, alors, des œuvres de Clément Marot, Rabelais, des ouvrages en latin ou français, en vers ou en prose. Fidèle aux enseignements de Cicéron, il s’attache à écrire, « en un style élégant, élevé, l’histoire de son temps ».

 

La devise d’Étienne Dolet inscrite en latin autour de sa marque d’éditeur-imprimeur était ; « je dégrossis et je polis à la perfection tout ce qui est rugueux et grossier. »

En 1542, Étienne Dolet quitte Sébastien Gryphe pour créer sa propre imprimerie. Il publie la traduction du Nouveau Testament, les Psaumes et Cantiques, le Manuel du chevalier chrétien d’Erasme, le Vrai moyen de bien et catholiquement se confesser des manuels de vulgarisation, autant d’ouvrages contenant de « damnables et pernicieuses hérésies ».

Il s’attire de nombreux ennemis parmi les libraires de Lyon, que ses succès exaspèrent et qui lui reprochent son soutien aux compagnons libraires, en grève pour de meilleures conditions d’existence.

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Les imprimeurs le dénoncent auprès du Tribunal de l’Inquisition, entre autres motifs  d’avoir « mangé du gras en temps de carême, de s’être promené durant l’office, d’aller plutôt au sermon qu’à la messe ».

 

Étienne Dolet est déclaré coupable de : « Pravité, (corruption), d’être hérétique, mauvais, impie, scandaleux, schismatique, fauteur et défenseur des hérétiques et d’erreurs pernicieuses.

Il fait appel devant le Parlement de Paris. Emprisonné à la Conciergerie, il prépare des mémoires justificatifs et repousse toute accusation d’hérésie. Il obtient la grâce du roi, qui lui impose cependant d’abjurer. Les treize livres mentionnés dans le procès devront être brûlés.

En janvier 1544, Étienne Dolet est à nouveau arrêté On lui reproche, cette fois, de s’être fait envoyer de Genève des livres interdits. Il s’en défend auprès du roi dans une épître pleine d’indignation. Il s’exile en Piémont, mais revient à Lyon, pour poursuivre son activité d’imprimeur, espérant en l’efficacité de ses épîtres. Il imprime alors Le second enfer écrit en prison et deux dialogues attribués à Platon (traduction de l’Axiochus jointe au Second Enfer).

Il lui est, alors, reproché de nier les notions de Providence divine et d’Immortalité de l’âme, essentielles au Christianisme.  « Par quoi elle (lamort) ne peut rien sur toi, car tu n’es pas encore prêt à décéder: et quand tu seras décédé, elle n’y pourra rien aussi : attendu que tu ne seras plus rien du tout ». La phrase est jugée hérétique, dénaturant la pensée de Platon, (du tout aurait été ajouté par Étienne Dolet).

 

Après une détention de deux ans à la Conciergerie, Étienne Dolet est condamné à être pendu et brûlé avec ses livres, place Maubert, le 3 août 1546. »